Le 23 septembre 2003.
Suite à des problèmes techniques, nous ne pouvons plus communiquer par email avec Jacques, qui est maintenant seul sur le voilier. Il reste le téléphone satellitaire avec lequel il appelle la France régulièrement. Si vous désirez communiquer avec lui, l'ancienne adresse email n'est donc plus valable, envoyez vos messages à periple@periple.com

Didier

LARSEN HARBOUR. S:54 50'444 W:36 01'298.
18 août 2003.

Ici nous sommes au coeur du voyage de Périple. Mon voyage dans l'espace. Une dimension dont personne ne connaît les limites. Maria a pu rentrer en Espagne via Montevideo par le "long liner" IBSA QUINTO qui a fini sa saison de pêche a la Merluza Negra. C'est ici dans cet antre, "GLORY OF THE SEA'' bien amarré à la mode antarctique qu'elle a donné ses premiers signes de lassitude, déroulant sa marque d'alerte rouge et me prévenant qu'elle était au bout du rouleau tout comme le papier du fax météo. Son Email tombé sur la table à carte hier soir m'a rassuré . Nous avons ensemble bravé le pack dérivant , les centaines d'icebergs et les milliers de growlers de la mer de SCOTIA pour trouver enfin un abri où la vie peut s'écouler paisible.Nous sommes allez au contact, aux limites aussi et ça laisse des traces: sur la coque d'abord histoire d'être sure que nous n'avons pas rêvé. Les entrées d'eau de la carène amoureusement dessinées en forme de "U" sont maintenant en "V". Le groupe de poinçonnement milieu tribord ressemble à des impactes de roche; probablement un de ces growlers mi glace mi caillou arraché dans le lit d'un glacier. Certains transportaient d'énormes blocs . Je les appelle des MIXTES. C'est la première fois que j'en voyait au large. Un choc plus violant et plus impressionnant, parce que de nuit noir avec 35 noeuds établi, a déséquilibré Maria qui est tombé sur ses fesses bien rembourrées. J'ai commencé a douter mais la preuve est faite qu'une double peau, un double bordé ça résiste à des chocs frontaux de 6 noeuds lorsqu’à la cape dérivante, au creux de la vague,le 'brise glace" accélère pour reprendre son équilibre. C'est le patin bas de guidage de quille qui n’a pas apprécié lorsque nous sommes monté haut sur le toboggan bleu nuit . Il a servi d'amortisseur en stoppant net notre ascension. La grand voile arrisée s'est mis a contre et les deux retenues ont tenu bon. Alors les lattes forcées ont été sollicitées au delà de leur limites de flexion. Elles ont cassées mais j’ai des manchons pour réparer.

Les traces invisibles sont celles qui ont use mon équipière. La glace l'a polie et l'a mise a nue, la rendant plus belle encore mais plus vulnérable aussi. Le froid insensibilise, et Maria ne s'est pas rendu compte que sans carapace elle n'ira pas beaucoup plus loin. Elle a fini par se ranger a ma décision aidé par le médecin de la base et tous ceux qui ont un coeur a King Edouard Point. Bientôt elle me donnera raison dans ses prochains mail lorsque ses amis autour d'elle l'auront avec pudeur réchauffé. Déjà son dernier courrier m'encourage à prendre soin de moi, preuve qu'elle a touché du doigt l'érosion climatique dont elle a été victime. Elle s'est bien battue pour une première fois. Et la deuxième?

La deuxième , c'est ce que je vie ici à l'instant ! 35 noeuds de vent au mouillage moteur en marche soit disant pour charger les batteries. 80 mètres de chaîne à l'eau par 20 mètres de fond sans algues. J'ai pris mon temps le 16 août à 21h pour poser la pioche par nuit noire, tout au radar depuis le poste de pilotage intérieur au fond du fjord Larsen après le premier virage. Pas dans un couloir de vent, pas dans le kelp, pas sur un fond descendant. J'ai trouvé un trou d'eau et tout autour les fonds remontent en pente douce . J'ai fait le tour du propriétaire et la sonde est formelle :sur un rayon d'évitage de 150metres il y a entre 8 et 10 mètres d'eau. Si le vent de la forte dépression annoncée arrive jusqu’à nous alors il viendra avec la même orientation que le lit du glacier et nous avons de l'eau à courir dans les deux sens. J'ai même de la place pour manoeuvrer au moteur et si le pire devait arriver, soit déraper sur les cailloux sans aucun danger pour la coque . Les vérins de quilles sont à poste pour soulager le talonnage. Il reste 15 mètres dans le puit a chaîne, de quoi tenter une manoeuvre improvisée qui me sera dictée en fonction des circonstances et grâce à mon expérience. Parce que c'est la deuxième fois que je viens ici. Parce que c'est mon deuxième voyage en Georgie. Et la deuxième fois c’est bon, on y prend goût, on anticipe, alors ça double le plaisir. Une fois par la pensée, une fois par l'acte. Et comme l'acte est pleinement consommé, probablement une troisième fois par le souvenir. En fait on gagne un coup! Tous mes sens sont en éveil et Maria n'est plus la pour me "brouiller l'écoute" dans les moments stratégiques qui m'incitent à la contrepétrie. Le plus dure est passé, ça doit souffler fort dehors. Je stop le moteur et j'enchaîne par notre cassette préférée. Celle qui agissait sur toi comme par magie pour calmer l'ardeur de ton sang. Tu me manques, mais sait tu seulement dans quel état je suis arrivé en GEORGIE la première fois! J'avais le même age mental que toi et j'ai grelotté seul. Il m'a fallu tout ce temps et ton film pour comprendre. Alors prend soin de toi car le contre coup d'un tel périple est long a digérer. Adolfo t'aidera. Termine ce que tu as bien commencé:le comte pour enfant de "NINO el pinguino mutante" et ton ami peintre saura l'illustrer. Peut être saura t-il aussi trouver la meilleur couleur pour les tentacules du "calamar gigante'' ?.

Le zodiac pend à la drisse de spi. J'ai réparé une fois de plus son boudin meurtri par la glace. Ce n’est plus de la réparation, mais de la chirurgie en temps de guerre,.malgré la colle, les vis parker et les tasseaux de bois assemblés comme des attelles, il continue de fuir. Mais je suis plus têtu que du caoutchouc et le produit que j'ai injecté par les valves de gonflage a commencé de se répandre dans les fissures. Alors à chaque coup de roulis un peu plus de liquide vient colmater ce que mes mains ne peuvent traiter. Encore 24h de séchage et j'irai compter les bébés phoques de wedel sur la plage. Cet antre est aussi le seule lieu de reproduction de cette espèce très antarctique sur l'île de la Georgie. J'ai vérifié l'orthographe de ce mot sur le seule dictionnaire français /anglais du bord. Sa traduction a trois sens. C'est un abri, un repaire de fauves ou de brigands, mais aussi un bureau. C'est bien ce que je veut exprimer! Car ici je veux faire le point tout comme le fait Bernard Moitessier dans son livre "Tamata et L'Alliance" que j'ai commencé le soir même du départ de Maria. Mais hier soir alors que ce coup de vent ne voulait pas venir, j'ai usé mes yeux sur les pages de cette confession. Et l'affaire Joshua qui m'est naturellement revenu a l'esprit au fil des pages et en fait son affaire à lui. Son bel oiseau est immortel et que c'est dure à porter. Je lui ai montre les icebergs de Terre Neuve et je pense à lui dans mon tour de la Georgie. Quel beau terrains de jeux il lui reste à découvrir quand il aura retrouvé un maître. Sa prison est dorée mais: "…tous mes sens ont perçu l'odeur fétide du Dragon. La puanteur venait du nord, par bouffées. "…/…"Je me retrouverais pris dans un filet de contradictions tissées par le Dragon, qui m'attendait à l'arrivée pour engager le combat sur le terrain de son choix, avec tous les coups fourrés dont il était capable." Ils ont gagné Bernard , Ils n'ont pas réussi à t'attraper mais gardent JOSHUA en otage à La Rochelle derrière une vitrine.Il est condamné à la prostitution pour faire monter la cote touristique d'une ville au passe maritime décadent. Mais JOSHUA n'est pas une vieille dame ! C'est une adolescente qui paye le prix fort pour la beauté de son corps que tu lui as façonné et pour l'esprit brillant que tu lui insufflé. Alors réveille toi car il t'attend. Et L'alliance sera retrouvée.

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