Dimanche 27 avril:
Il ne fait pas très chaud ce matin en faisant chauffer le café. Et dehors tout est blanc. Le thermomètre confirme ses -10 degré. Le vent encore puissant favorise la propagation du grésil qui pénètre dans les moindres recoins. Dès que le vent sera calme je hisserai le zodiac sur la plage derrière le dock et je mettrai de l'ordre dans les drisses qui non seulement soufrent mais font un bruit infernal. Le brûleur à pétrole réchauffe considérablement l'habitacle et je me met a penser que les briques réfractaires repérées dans les ruines anglaises vont me servir à confectionner un chauffage d'appoint combine avec le fourneau. Enfin j'arrive à contacter Clémentine et Charlotte par téléphone et ça c'est le meilleur moment de la semaine. Jacques.
Samedi 26 avril:
La nuit a été calme. La température a bord est douce et l'air est sec. Dans la soute a l'avant il fait -1 degré, même température qu'a l,'extérieur mais régulée par l'apport de calorie sur l'aluminium de la coque qui diffuse. Si se constat se confirme alors toutes les vivres qui ont besoin de froid vont migrer à l'avant! Je me met tout de suite au boulot en mouillant une deuxième ancre au sud -est. Ca n'a pas été facile et un peu périlleux car les 40 mètres de profondeur ont entraîné un peu rapidement la lourde chaîne et j'ai frôlé l'accident. Rangement du pont et repos car j'ai attrapé un bon mal au dos et ce n'est pas cher payé! Dès la tombée de la nuit le vent se déchaîne accompagné de neige fine et d'un froid glacial. Il fait maintenant -10 degré mais le relief nous protége efficacement des rafales. Pas de clapot déferlant. Nous sommes en mort d'eau et restons solidement échoué à marée haute. Glory se comporte très bien dans ces conditions très hivernales.
Vendredi 25 avril:
Nous connaissons maintenant mieux notre environnement et les conditions dans lesquelles nous pouvons hiverner ici. C'est maintenant l'heure de faire un point définitif et les discutions vont bon train. Il reste une inconnue sur la capacité de supporter un coup de vent d'Est dans ces conditions d'échouage. Nous serons fixés dans 48h car la météo annonce une dépression avec vent de secteur Est 40 noeuds. C'est parfait pour un premier essai. Nous sommes allés voir de plus près à pied "KRONER LAC" qui pourrait être un mouillage de replis . C'est un trou d'eau salée entoure d'une dune de sable volcanique et qui communique avec la baie des baleines par une passe étroite, courte et peu profonde . Elle n'est bien sure pas cartographié et je ne connais pas de yachts qui y aient pénétré. Nous éteignons aussi le poêle pour mieux nous rendre compte de l'apport d'énergie géothermique.
Jeudi 24 avril:
Le bateau s'est bien écarté de la plage et nous sommes maintenant dans une veine d'eau plus chaude. On peut débarquer tout aussi facilement par l'arrière car le sable s'enroule autour de la voûte jusqu'a la ligne de flottaison en formant une plateforme de débarquement. En cas de coup de vent et de fortes marrés l'arrière de la coque est donc parfaitement bien maintenu dans son cocon de sable. Et comme il faut toujours une mesure de sécurité d'avance dans ce pays je peux en descendant les safrans, améliorer la prise. Coté orientation nous sommes maintenant plein sud-ouest et le clapot vient mourir sur l'étrave qui défend parfaitement sa position. Une seule ligne d'haussière est maintenant nécessaire sur l'arrière. Je dois calculer juste le nombre d'amarres car malgré les 800 mètres du bord je dois garder de la réserve en cas de manoeuvre d'urgence . Le premier mouillage positionne un peu loin immobilise a lui seule une longueur de 30 mètres et 2 longueurs de 100 mètres. Au moins je peut compter sur sa tenue. C'est du" béton" et s'il le fallait je peut intercaler une autre ancre empennelée. Que nous manque t'il donc ici pour commencer a se détendre et profiter de cet isolement, développer des activités que l'on n'a jamais le temps de pratiquer. Celles dont on parle toujours a regret. A si j'avais le temps j'aimerai bien peindre, jouer de la trompette, lire, observer la vie animale et être plus attentif a la nature; ne plus me prendre le choux avec mes congénères, évacuer le stress.Je veux cuisiner des petits plats faire des gâteaux et surtout me les empiffrer avec Marie. A marré basse le sable est maintenant a 44. 9 degrés. Nous ouvrons les capots pour ventiler. L'eau des réservoirs arrières sort maintenant tiède a la pompe de la cuisine. L'eau de condensation du puisard central est tiède aussi. Le gasoil s'est dilaté dans les tanks et ça sent un peu. Il fait 18 degrés en timonerie! le moteur démarre au quart de tour comme toujours mais il est déjà à température et ne fume plus les premières minutes! La cabine arrière tribord est à 12 degrés. Alors la ça ne va plus. Il faut ouvrir les hublots pour régler la température de conservation des vivres. Il n'y a plus de condensation a bord, nous sommes a 60 % d'hygrométrie.
Les manchots sont de plus en plus nombreux et toujours a l'heure.
mercredi 23 avril:
Aujourd'hui c'est mon anniversaire. J'ai maintenant 49 ans. Hier soir les batteries d'éclairage étaient faibles et nous avons joue aux cartes jusqu'a minuit a la lumière des bougies.J'ai gagne la partie et symboliquement avant de se coucher je les ai soufflés. Maria a sorti du congélateur un filet de boeuf et elle se plie en quatre pour me faire plaisir.Au menu mousse de carotte, tournedos déglace à la crème fraîche, gratiné de noix au miel, café, cognac. Courte sieste et promenade sur la plage .Puis nous sommes montés sur la colline pour voir si L"IRIZAR" est toujours au mouillage de l'autre cote a l'extérieur de l'île.Marie a aperçu un hélicoptère ce matin et nous avons entendu par VHF un début de conversation mais ils sont passés ensuite sur fréquence militaire.Le plafond nuageux était très bas, le vent est monté à 25 noeud établi puis silence. . Nous n'avons pas vu le brise glace pourtant hier soir il était bien la.A t'il pu terminer ses opérations malgré les conditions défavorable? a t'il change de place? a marée basse la sonde de température d'eau de mer me donne 17, 5degré L'endroit est parfait pour des économies d'énergie et le poêle tourne au ralentie. Dans le carre il fait 12degre mais dans la timonerie au point le plus haut des aménagements la température est de 18 degré.Il ne faudrait pas que la cabine arrière tribord, celle qui contient toutes les vivres pour 1an soit trop chaude! jusqu'a maintenant elle se régulait a 3degré au dessus de zéro ce qui est parfait.Le sable encercle la carène et modifie la plage. Il ne faudrait pas se retrouver prisonnier comme les épaves de canots qui bordent la plage! Je me pose des questions sur ce site d'hivernage.nous sommes mal protégés des tempêtes de sud-est et je n'ai pas de solution a apporter. Un mouillage même solide ne retiendra jamais une coque de 20 tonnes poussée irrémédiablement par le ressac!Ce soir je met a jour mes notes de voyages car depuis le raid en zodiac je n'ai pas envoyé beaucoup de nouvelles a Didier le Webmaster du site PERIPLE.A la marrée de 22h je me décide a modifier le réglage des haussières et j, éloigne GLORY de quelques mètres du rivage tout en gardant la possibilité de débarquer par l'arrière a mi marrie. Marie lit dans le carre. nous prenons notre rythme hivernal imperceptiblement. A minuit Antonio nous appelle par VHF. Quelle surprise!Il est bloqué avec toute l'équipe plus le commando de transfert et se sont au total 25 personnes qui attendent des conditions meilleurs pour terminer l'évacuation du matériel.Le sentiment d'être seul sur l'île retombe mais c'est avec beaucoup de plaisir que nous échangeons des paroles agréables qui résument ces 15 jours partagés ensemble chacun suivant ses objectifs.J'éclaire la plage pour contrôler l'écartement du bateau mais le sable semble attiré par la voûte arrière bien que nous nous soyons déplacés de quelques mètres. Les manchots papou sont tous la au garde a vous. Ils arrivent tous les soirs du large par petits groupes. Ce sont les jeunes de cet année avec leurs pattes toutes roses et leurs démarches définitivement maladroites. Il y en a des centaines et demain matin ils seront tous repartis en mer pour se gaver de krill quand nous nous réveillerons.La plage sera a nouveau vide et seule quelques palombes antarctiques feront les cent pas nettoyant les excréments de la nuit.Le dock échoué abrite une femelle "lobo marino"et son jeune. Ca me pose un problème pour installer le groupe électrogène.Ils étaient là les premiers et ont du luter pour préserver leur territoire. La concurrence est rude!
Mardi 22 avril.
La radio VHF crachouille . C'est le début des manoeuvres de L'IRIZAR avec un peu de retard , du vent et de la pluie. Partout ailleurs sur la péninsule il neige mais le microclimat dû au volcan est plus chaud qu'ailleurs. La plage fume a marée basse; il faut savoir tirer profit de toutes les situations. Nous sommes heureux, il reste beaucoup de travail de préparation pour cet hivernage mais nous avons le temps. Hier soir nous avons regardé la lune et dès qu'il fera beau avant même de se remettre au travail nous irons nous promener , découvrir si dans ces ruines il n'y a pas des choses utiles pour notre confort. Jacques.
lundi 21 avril:
Les dés sont jetés. La météo nous donne une journée pour changer de mouillage. Demain le vent d'ouest se renforce avec risque de chute de neige. Le brise glace argentin s'est annoncé pour cet après midi. La base est prête a fermer ses portes . Les 6 personnes de la marine et l'équipe des 4 scientifiques ont bouclé leurs sacs et vont pouvoir retrouver leur famille. Déjà hier soir ils ont mangé des sandwichs car le fourneau de la cuisine n'est plus opérationnel. Il est astiqué et brille pour le cuisinier de l'an prochain. Tout le matériel est aligné, en caisse près de la plateforme d'hélitreuillage. J'ai pu profiter des restes de l'intendance et après avoir confié notre courrier à GUSTAVO l'opérateur radio , salue chaleureusement et remercie tous nos nouveaux amis, je suis rentré abord avec le zodiac chargé de quantités de sacs de pommes de terre, oignons, carottes, de caisses de pommes et quelques cadeaux. Ce lundi à 8h est notre premier jour d'hivernage. Je remonte le mouillage avec le système de secours car les 2 guindeaux Goiot sont en panne. Un dernier coup de VHF pour signaler notre départ à la baie des baleine distante de 4 miles et qui sera notre abri pour tout l'hiver. ALBERTO le vulcanologue nous a signalé une zone de sable plus chaude sur la plage près de l'épave du dock flottant de l'ancienne station baleinière et c'est la que je veux poser la coque de GLORY. Maria est déjà occupée à trier les légumes qui ne sont pas aussi frais qu'on le pensait. Mouillage à draguer , viser juste, remonter les quilles , libérer les sécurités de relevage de safran. Pleine mer, il est 9h30, coefficient moyen nous nous posons. L'après midi a marée basse j'inspecte la zone, je repère les points d'amarrage solides et je déroule des haussières pour le coup de vent d'ouest annoncé. La meilleur position parait être l'étrave orientée face aux vents dominants d'ouest mais un peu sud pour contrer le clapot et favoriser le déséchouage de printemps. La poupe un quart a la plage va favoriser le débarquement de matériel et en particulier l'essence du groupe électrogène qui va trouver sa place a l'intérieur du dock flottant . Pas de bruit et sécurité maximum en cas d'incendie. A la marée du soir j'ajuste un peu notre positionnement mais déjà tout en douceur la carène ronde fait sa souille . Je sais que je pourrai a coups de pelle dégager si besoin est, la coque au printemps du sable volcanique si léger .
Mardi 8 avril:
maintenant le vent est fort mais l'eau ne monte pas très haut car les coefficients de marrée baissent. Mais les vagues ont découvert une ancienne plateforme en béton et la coque soufre . C'est de la malchance. A 2 mètres près le sable fin de la plage n'aurait laisse aucune trace de cet incident.
Nous avons travaillé à réparer et remettre en état avec l'aide précieuse de toute l'équipe pendant une semaine. Un jour avant la marée du 17 avril qui donne une hauteur d'eau suffisante pour déséchouer, chacun a pris une pelle pour creuser un canal qui favorisera la sortie. C'est finalement avec un jour d'avance que GLORY a retrouvé son élément naturel plus autonome que jamais.
Lundi 7 avril:
Le vent s'est levé dans la nuit les coefficients de marée baissent et nous sommes coincés. Un coup de vent est annoncé et il ne me reste plus qu'a gérer la situation. Avec le zodiac de la base je pose un mouillage au large qui soulagera l 'arrière et je remonte les safrans qui pourraient se tordre sous la pression des vagues. Le sable est très mou et GLORY est prévu pour supporter ce genre d'épreuve. Prochaine marée de déséchouage :17 avril. En attendant il y a du boulot a l'atelier.Nous nous installons à la base et partageons la vie de tous les jours. C'est une équipe de la marine un peu en urgence qui est venu réparer l'indispensable. Pas de cuisinier aussi 2 par 2 chacun prend son tour au fourneau et dès demain se sera mon tour avec Marie. Je ferai un pot au feu et des tartes aux pommes.
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