Dimanche 6 avril:
Allons voir la base des argentins; Le zodiac est presque détruit, et ce sera plus facile a réparer sous un hangar. Le moteur hors bord a besoin d'être rincé à l'eau douce et démonté. Un complément de gasoil serait bien venu aussi. Il y a toujours un mécanicien surdoué dans ces bases qui pourrait trouver une solution à mes guindeaux. Nous nous posons devant les installations en fin de matinée et le vent faible nous laisse un peu de répit. L'accueil est comme toujours très chaleureux. Combien de temps voulez vous rester ? De quoi avez vous besoin? Que peut on faire pour vous ? Et avant même de se mettre a table, le moteur est déjà dans l'atelier et le zodiac sous le hangar. 'Vous étés ici comme chez vous. Nous allons vous préparer une chambre mais je suis désolé ici il n'y a pas de lit double'. Je doit d'abord vérifier la météo mais de toute façon l'endroit n'est pas des mieux choisi pour mouiller ce n'est pas très abrité.Je réserve ma réponse a la marrée de 17h. Nous restons finalement car le vent de nord ne doit pas monter a plus de 15 noeuds. Les quilles et les safrans bien plantés dans le sable mou maintiennent la poupe face au vent. Nous dormons a bord après avoir bien dîner a la base.
Samedi 5 avril:
Nous sommes de toute façon mieux ici à l'abri du vent et de la houle d'ouest. Il ne fait pas encore jour et je saute déjà dans le zodiac. Nous avons de la route à faire pour rallier l'île DECEPTION et j'aimerai bien arriver de jour! Mais le zodiac est dégonflé et les 2 boudins arrières s'il vous plait. Pas de doute le phoque léopard de mer est passé par la. Il flotte suffisamment pour que je récupère l'haussière et nous verrons ça plus tard. J'ai pris le temps de visiter la baraque . C'est un vieux refuge abandonné de la marine argentine. Le toit fuit comme une passoire, mais l'environnement est propre même si je vois à peine. De retour à bord Marie me montre le dinghy que nous n'avons pas pris le temps de remonter après le déjeuner d'hier. Lui aussi est dégonflé des 2 côtés et il a donc eu droit à des coups de dents. Remontons vite le zodiac, le dinghy et partons car ce soir le vent de nord va forcir et il ne faut pas traîner. Mais le zodiac avec ses boudins plein d'eau manque de stabilité et en le remontant le moteur trempe dans l'eau salée à la limite de se retourner. Que de boulot en perspective ! le soir nous arrivons juste avant la tombée de la nuit. Nous n'avons pas rencontré de growlers sur la deuxième partie du trajet et c'est a 6 noeuds de moyenne que nous avons bouclé l'étape. Face au vent de nord sur la plage de sable noire je plante les quilles ; je peux enfin dormir. Nous sommes dans la baie des baleines a l'intérieur du cratère de l'île DECEPTION.
Vendredi 4 avril:
Nous visitons la base ce matin et après déjeuner nous partons pour TRINITY ISLAND ou une autre « hutte » est signalée. Le déjeuner s'éternise et les discussions sont passionnantes. Le programme argentin a démarré tard cette année sans doute dû à l'état économique du pays mais les équipes d'entretien sont présentes sur tous les fronts même à admiralty BROWN où ils sont arrivés peu après notre visite en zodiac. Je bouscule un peut tout le monde pour arriver à sortir de table et le soir je passe une haussière à terre à la lampe frontale dans MIKKELSEN HARBOURG. L'endroit est mal pavé et les cartes pas précises. La nuit est noire il n'y a rien d'autre à faire que de surveiller le sondeur et l'évitage dû à un vent faible mal établi. Les quilles grattent un peu et je me décide à larguer l'haussière. La baie est profonde je ne peut pas mouiller et de toute façon les 2 guindeaux sont en panne. Je tourne en rond toute la nuit de quart dans la timonerie, au radar et joystick. Dehors tout est noire même les growlers.
Jeudi 3 avril:
Aujourd'hui c'est la brume qui nous empêche de naviguer, et je fais un large tour de l'île SPRIGTLY au radar pour s'approcher de la base. A 12h le ciel se dégage et aux jumelles j'aperçois un point orange qui s'agite près des constructions, le drapeau argentin flotte au vent. C'est donc que la base est habitée. Toujours de la glace dérivante près de la cote mais moins dense que ce matin. Par de grands gestes mes interlocuteurs me montrent le mouillage utilisé par les rares voiliers qui osent s'aventurer sur cette cote. Je confie la barre de GLORY à Marie et je part en éclaireur avec le zodiac. C'est un trou entre les rochers et la manoeuvre mérite une bonne préparation. J'accepte l'invitation à déjeuner mais pas avant 14h. Tout s'est bien passé mais encore une fois le ressac dû à la houle d'ouest rend ce lieu très précaire. La météo est bonne mais nous ne traînerons pas ici malgré un accueil très chaleureux. Nous remettrons en route des demain et ce soir nous resterons a bord près a intervenir et en alerte.
Nous découvrons le programme de la campagne antarctique des argentins dictée par la logistique du seul brise glace " IRIZAR" et qui dessert les différentes bases scientifiques contrôlées par la marine, l'armée de terre et l'aviation et qui se repartissent le travail. Ici c'est l'ejercito très rigoureux et très méticuleux. Le chef mécanicien est venu avec ses outils personnels pour être sur de manquer de rien. Le cuisinier met les petits plats dans les grands et excelle dans la pâtisserie. La base est superbe et l'endroit est magnifique. C'est une zone protége d'intérêt scientifique et tous les militaires ont fait un stage de un an de préparation. Se sont tous de vieux routards de l'antarctique.FABIEN le chef de base a un haut respect de l'écologie et est conscient de son devoir de protection de ce site unique où se mélange toutes sortes de lichens. Il existe même une petite fleur endémique.
Mercredi 2 avril:
départ 9h30 pour une autre « hutte » distante de 30 miles et s'il nous reste du temps nous remonterons jusqu'a la base argentine de PRIMAVERA. L'étroit passage entre l'île MURAY et l'île BLUFF est libre de glace et nous l'empruntons ; je cherche de nouveaux mouillages mais je ne trouve rien de magique sur cette partie de cote exposée aux vents d'ouest. De plus la glace dérivante s'accumule le long de la cote et nous avons toutes les difficultés a nous approcher de notre objectif. (voir photo). J'insiste, je force le passage en utilisant tous les atouts d'un PERIPLE et à la tombée de la nuit, muni de lampes électriques nous découvrons une base chilienne perchée sur SPRING POINT. Elle est plus qu'abandonnée et menace de devenir une ruine. GLORY a trouvé un abri dans une niche entre les roches. Mais le fort ressac le rendrai dangereux en cas de mauvais temps. Je dort mal et avant même que le jour se lève je suis sur le pont pour préparer la manoeuvre de départ. Marie est au sondeur et nous nous sortons péniblement de ce trou a rat . Il n'y a pas d'autre technique que de forcer le passage tellement la glace est serrée. Les 100 CV et la transmission démultipliée font miracle et très vite nous pouvons mettre en route pour PRIMAVERA.
Mardi 1 avril:
J'aimerai bien faire une blague a Marie aujourd'hui mais je ne suis pas sure qu'elle apprécierait. Nous ne sommes pas privés de stress et de surprises ici et c'est un peut tous les jours le premier Avril. Le beau temps est revenu et nous avons juste le temps cet après midi de visiter la « hutte » repérée sur ma carte anglaise à PORTAL POINT distante de seulement 5 miles en zodiac. Beaucoup de baleines a bosse sur notre route. (voir photo) Elles sembles faire le plein de krill avant de remonter comme nous vers le nord. En arrivant au point indique sur la carte nous découvrons les plots en béton d'une ancienne construction et un panneau explicatif.Ce lieu historique de l'époque de l'année géophysique était occupé par un refuge anglais qui a accueilli une expédition transpéninsulaire en traîneau à chien. La hutte a été récemment démontée et reconstruite au musée de PORT STANLEY. (voir photo)
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