Date: 29 mars 2003

De vrais programmes scientifiques semblent avoir été menés ici. Certaines personnes ont même passé plusieurs séjours. Cette base ne ressemble a aucune autre . Elle est exigu ce qui doit rendre la cohabitation difficile, pas de plage pour marcher ou rêver, et tout autour des maisons, le cheminement est rendu impraticable par l'absence d'allées. Ce ne sont que des dénivelés de rochers couverts d'excréments de manchots papou. Ca glisse et pour traduire les odeurs avec des mots, un seule terme convient: " ça pue". Pas de stock de nourriture en cas de défaillance de la relève ni de pièces détachées. Ce n'est tout simplement pas prévu a l'origine du plan de la base. Nous n'avons trouve aucune trace de présence humaine après la date de 1999. Seule le petit mot d,une certaine Amanda et date de l'an 2000. Elle a trié la nourriture périmée alors que aucun nom de femme ne figure sur les listes de résidents.

15h: Nous traversons difficilement le canal Peltier large de seulement 1 mile tellement la brume est épaisse mais au cap Erera la visibilité s'améliore et nous pouvons observer les ruines du phare datant de l'époque des baleiniers. C'est un enchevêtrement de ferraille utile toutefois pour une navigation a vue. Il faut maintenant rejoindre l'île Truant en longeant la cote. En dépassant cette île le phare encore bien visible me sert d'alignement pour traverser le canal de Guerlache et atterrir ainsi aux îles Bayard distantes de 5 miles. 20 minutes suffisent mais au milieu plus de visibilité. La direction des vagues m'aide a m'orienter et les icebergs servent de jalons. 5 minutes angoissantes et qui nous ont paru longues alors qu'une baleine surprise sonde devant l'étrave. Puis le ciel se dégage et nous profitons pleinement du spectacle de la baie Paradis riche en faune et en lumière. Les volumes sont irréels et seule une navigation précise permet de se rendre compte des distances parcourues. La première nourrice vide me rappelle que nous avons fait 20 miles. Je ne distingue pas le petit refuge du canal Fergusson alors que, au loin tranchent sur fond blanc les installations oranges de la base argentine Admiralty Brown. Ce refuge ancien a probablement été démonté et son emplacement nettoyé. Le soleil éclaire maintenant tous les sommets mais la base est déjà dans l'ombre de l'île Bryde. Quelle base d'ailleurs? je ne reconnais pas la jolie maison principale ni son hangar qui m'avaient accueilli en 1979 avec "Champi". Tout a été détruit par un incendie en 1984. Le slip-way en béton s'est écroulé. Seul le petit embarcadère résiste mais conserve un air penché. Sur l'ancienne plateforme nettoyée sont maintenant alignés des containers métalliques qui juxtaposés forment un ensemble de structure d'hébergement. C'est moche et pas forcément très fonctionnel mais il semble que personne ne soit venu cette année. Ce n'est qu'une impression que je ne peux vérifier car les portes sont solidement fermées a clef. A cent mètres plus à l'est se trouve le refuge ancien et bien pourvu en nourriture. Ici tout marche au gaz et nous n'avons besoin que de dormir et de nous restaurer. Aussi je ne prend aucun risque de mettre en service une installation ancienne et nous nous débrouillons avec les moyens du bord. Nous mangeons chaud et nous dormons bien mais par notre pure autonomie. Ce refuge est très visité tous les étés par les voiliers mais aussi par les petits paquebots qui proposent entre deux repas au restaurant quelques frissons en débarquant. Ici c'est facile d'accès à toute heure de la marée et j'imagine les gros zodiac commando faisant leurs rondes infernales pour débarquer en un minimum de temps par petits groupes leur cargaison de touristes dans un refuge prévu pour 8 personnes. Ainsi la sur fréquentation ne fait pas bon ménage avec l'objectif recherche de sécurité en cas de nécessité. Nous n'avons pas trouvé le livre de visite habituellement posé sur le coin de la table avec son crayon de bois affûté. Dans quelle mesure peut on survivre ici si le gaz fuit. Ce lieu est bien précaire malgré une apparente abondance.

Jeudi 27 mars:
Beaucoup de choses a faire pour redémarrer un voilier qui est en escale depuis exactement 1 mois, depuis que Olivier est parti. L'effectif a baissé d'un tiers et mon équipière pleine de bonne volonté est en apprentissage. L'antarctique n'est pas un endroit pour apprendre a naviguer mieux vaut savoir avant! Démontage des câbles accrochés aux rochers, rouler les haussières, ranger le pont, remonter le dinghy. Le soleil est au rendez-vous, pas de vent . Nous allons à ENTERPRISE. C'est une petite crique à 50 Miles au nord-est. Elle abrite l'épave d'un baleinier échoué qui sert de quai aux voiliers de passage. A 9h nous mettons en route et le beau temps aidant je hisse la grand voile pour la faire sécher. Mais sournoisement à l'approche du pic SPIGOT le vent se lève et s'établie rapidement a 40 noeuds! A l'abri d'un iceberg j'affale la G. V. en catastrophe. Le chariot d'écoute n'a pas apprécié, il est irréparable mais la voile est sauvée . Deux lattes sont néanmoins cassées. A 18h nous sommes a couple de l'Entreprise . Ce recoin d'antarctique est un havre de paix. La neige tombe, un growler vient cogner contre la coque mais ici nous sommes en totale sécurité. Le temps est incertain et je préfère repousser un départ pour remonter toujours plus nord par étape de jour en profitant de conditions favorables pour explorer cette cote de la péninsule que je ne connais pas et qui n'est pas très hospitalière. En déplaçant le bateau de quelques mètres 'je profite de la fonte du glacier pour faire le plein d'eau directement avec un tuyau.C'est important car à l'île DECEPTION l'eau douce des réservoirs ne gèlera pas mais il n'y a à ma connaissance pas de solution pratique pour faire le plein. Ici l'eau de mer est à -1degré ce qui est relativement chaud pour la saison. Je laisse couler l'eau cette nuit pour compléter mais le lendemain matin tout est gelé. Nous avons charge 1000 litres et nous sommes tranquille pour au moins 2 mois. Je profite de cette escale forcée pour me mettre à jour de mon courrier électronique et pour commencer le nouveau rangement de la soute adapté au gel. Il y a un peu de place maintenant à l'intérieur et le stock de bière, coca, vin rouge en dame Jeanne rentre au chaud .

Mercredi 26 mars:
Repos après ces 3 jours éprouvant de raid en zodiac. Le corps peut supporter beaucoup d'épreuves stimulé par l'excitation des moments vécus, mais s'il s'adapte au froid et manque de confort, il accumule en réalité de la fatigue et utilise nos réserves pour supporter ce que lui exige l'esprit. Le froid en particulier pompe une grande quantité de calories, de vitamines et de graisses. Les muscles sont durs, les articulations grippées. J'ai des courbatures lorsque je force exagérément. Il a pourtant fallu remettre tout en marche :charger les batteries, allumer le poêle, faire fondre des glaçons car l'eau des réservoirs est gelée, rincer à l'eau douce, sécher et ranger le matériel, les vêtements. La météo est excellente pour remonter au nord et dès demain nous partirons.

Lundi 24 mars 2003 :
Le plus dure dans ce genre d'expédition est de sortir du duvet, de faire chauffer le café et de recharger le matériel après l'avoir emmailloté dans plusieurs couches de sacs plastiques.Il faut ensuite enfiler les cirés et les gants encore humides de la veille. Je referme le mieux possible la porte et la fenêtre mais les vieilles ferrures mériteraient un peu d'entretien et je doute qu'une équipe d'argentins soit venue cette année. Problème de budget ? motivation politique ? priorités ?
Il ne fait pas froid ce matin et nous nous sommes bien reposé. Ca nous change de notre confort habituel de "GLORY"et nous avions besoin de "vacances", de faire un break. Marie est ravie de cette lune de miel, elle supporte très bien les conditions climatiques. Elle revit au grand air!
Cap au nord dans le dédale de glace de la baie. La base chilienne Videla est atteinte en une heure. Nous n'avons parcouru que 5 miles. Un léopard de mer énorme et bien nourri nous suit. Au regard qu'il nous jette je devine que nous sommes dans son territoire de chasse. Là encore je ne reconnais pas la petite base ancienne. C'est maintenant une infrastructure conséquente qui occupe toute la manchoterie. Pas de signe de vie, le pavillon national ne flotte pas au vent et s'est un indice certain que la base est fermée. Pourtant la porte du grand hangar est entrebâillée! Le temps clément et notre poursuivant aidant je décide de continuer notre programme sans s'arrêter. A quoi bon faire les curieux ? L'environnement est propre rien ne traîne et cette base semble avoir été fermé récemment pour clôturer une présence essentiellement l'été. Au loin les projecteurs d'un bateau : C'est le "Laurence M.Gould". Ma VHF est au fond de mon sac et je n'ai pas le courage de tout déballer pour faire la causette : après avoir saluer de la main l'homme de quart sur l'aileron, je reprend ma route direction le fond de la baie Andvord ou la carte signale un refuge sur la pointe Neko. Deux glaciers vomissent une quantité de glace importante et nous avons beaucoup de mal a nous frayer un passage. Ce n,est plus une moyenne de 15 noeuds déjaugé comme hier. La deuxième nourrice est déjà vide et nous n'avons parcouru que 10 miles avec son contenu. Il reste encore quelques miles avant le refuge et je recherche maintenant les surfaces d'eau libres pour pouvoir déjauger. La poignée dans le coin je pilote attentif. Les deux paires d'yeux que nous possédons à bord scrutent devant l'étrave. Enfin le petit refuge devient visible. Il existe bien. Plage de sable blanc, soleil et magnifique point de vue. Mais quelle baraque !Au dessus de la porte un nom : Base scientifique Capitan Fliess. Dimensions au sol: 4x4 mètres. A l'intérieur tout est humide, rouillé délabré. Cette hutte a plus de 50 ans. Elle est totalement abandonnée. Une armoire de première urgence d'époque a été oubliée ! Ce n'est pas ici que nous passerons la nuit. Il est encore tôt et la base scientifique anglaise de Danco n'est qu,a 12 miles. Elle est désaffectée et transformée en refuge. J ai eu des renseignements précis sur son état et je sais que nous pourrons nous y installer pour la nuit. Ma technique est maintenant bien au point, j'ai trouve un chenal d'eau libre et nous avançons a vive allure. Arrivée a Danco la troisième nourrice est à moitié pleine ce qui nous laisse un choix de route pour demain et une autonomie confortable. Encore un léopard mais cette fois ci nous sommes un peu a l'écart des jeunes manchots qui n'ont d'autre choix que de se mettre à l'eau pour migrer. La base est un peu loin pour porter les sacs mais le zodiac paraît ainsi en sécurité. Nous sommes au plein mer de la marée la plus faible, je passe une haussière dans les rochers à l'avant comme à l'arrière. C'est parfait pour la nuit. Les constructions anglaises sont très esthétiques. Elles sont toutes identiques et je retrouve la même distribution que toutes celles que nous avons visite plus au sud en baie Marguerite. Nous nous sentons chez nous en sécurité. J'allume le poêle et, je sais que le charbon est au sec à l'entrée derrière la trappe en bois. La pelle est a sa place et déjà Marie installe le couchage. Mais ou est le traditionnel "primus" pour faire chauffer l'eau ?. Nous ne le trouverons pas ! Ici beaucoup de passage comme l'atteste le livre de visites. Il pleut et le toit est en mauvais état. Le papier goudronné est en parti arraché par les années. Une fuite goutte au pied de mon lit. Il est grand temps d'intervenir pour sauver ce refuge. Rien est encore abimé. Et ce matin après avoir signalé notre visite sur le cahier j'émet mon souhait le plus cher pour sauver ces installations pendant qu'il en est encore temps. Sinon demain il n'y aura plus que des ruines et plus de traces du mode de vie de ces valeureuses expéditions antarctiques.

Mardi 25 mars:
cette nuit je n'ai pas pu m'empêcher de vérifier notre frêle embarcation. La nuit était noire mais je distinguai nettement le boudin rouge flottant sur une eau limpide. Nous chargeons tôt car le zodiac est a sec et c'est plus pratique. Puis l'heure d'attente de la marée a été bien occupée à découvrir tous les secrets que contiennent ces lieux magiques. Marie a remis de l'ordre dans la bibliothèque et protégé les ouvrages les plus précieux de l'humidité. Et après avoir mis de l'ordre dans la maison, porte fermée et clef dans son bocal suspendu à l'entrée nous reprenons la route. Ce soir si tout va bien nous dormirons a bord de "GLORY". Et tout se passe bien. Les baleines sont au rendez-vous,la brume aussi. Mais nous ne pouvons nous empêcher de nous arrêter une dernière fois à Dorian boire un thé chaud car nous savons qu'il y a encore un "primus" dans ce refuge... Et puis j'ai trouve un nouveau coin pour faire de l'eau a flanc de rocher.
Il a fallut vivre cette expérience pour se rendre compte de l'état des refuges dans cette zone de la péninsule fréquentée chaque été par plus de 20.000 personnes sur des embarcations de toutes les tailles.
Pour faire un point précis aucun de ses refuges ne sont fiables et malheureusement il ne faut pas compter dessus. En cas de réelle survie il y a tout de même des solutions dans ces lieux.

Dimanche 23 mars.Toutes les conditions sont réunies pour mettre le zodiac a l'eau et découvrir les installations à terre signalées sur les cartes anglaises par l'annotation (HUT) ou (BASE).
- conditions anticycloniques. Ca ne veut pas dire "soleil" mais nous sommes certain de ne pas avoir de coup de vent dans les prochaines 72h. Pronostique : vent faible secteur nord est tournant ouest.
- L'équipement est au point, la réparation du zodiac tient ; il ne fuit pas! L'inventaire est complet ,j'ai juste rajouté des vêtements sec de rechange et j'utilise maintenant mes cuissardes de pêche au saumon en néoprène épais plus étanche pour débarquer. J'ai embarqué 100 litres d'essence en 4 nourrices et 20 litres de sécurité en réserve .
La première étape est de 30 miles. Port Lockroy- Admiralty Brown avec escale à Yelcho.
Mise en route moteur a 13h. Ce n'est pas très matinal pour un départ mais je n'ai pu prendre la décision que ce matin après avoir reçu le fichier météo. Il a donc fallu charger,ne rien oublier, sécuriser "GLORY" pour une absence prolongée, attendre un peu que le vent baisse et que la brume se lève.
Le canal Peltier est toujours aussi encombré de glace mais une demi-heure plus tard nous sommes a YELCHO. C,est la base scientifique chilienne abandonnée que nous avons déjà visite la semaine dernière .Je veut faire des photos et mieux comprendre le passe de ce site. Deux équipes cohabitaient sur ce site: des biologistes de l'université catholique au nombre de 6 en 1999 et 3 membres de INACH (Institut National Antarctique Chilien) pour la logistique et l'entretien. La première trace de dotation date de janvier 1858 avec des absences fréquentes si l'on en juge par les plaques commémoratives. Cette base n'était occupée que l'été. L'état général des bâtiments est médiocre mais ils restent étanches et sec grâce a l'exposition nord. L'accès est vraiment problématique a cause du ressac. Une poche d'eau usée et contaminée stagne entre 2 baraquements.

Date : 1 mars 2003
Position : 65.249 S / 64.25 O

La chance est avec nous! je viens d'arriver a PORT LOCKROY dernière escale pour Olivier. Il est sur les starting bloks pour rentrer avec le premier départ pour USHUAIA, paquebot ou voilier. GLORY a trouvé une niche entre les cailloux habités par des manchots papous pour résister aux coups de vent trop fréquents. L'équipage va pouvoir enfin dormir profondément. La véritable chance c'est que nous partageons ce mouillage avec NORDENGER, voilier vagabond et qu'à bord s'est enrôlé à Ushuaia mon technicien / installateur / informaticien JONATAN! Il a, aussitôt la manoeuvre d'arrivée terminée remis en route de cette foutue machine [le PC] qui ne voulait plus rien entendre depuis une semaine. J'ai pu me mettre à jour des derniers emails et apporter maintenant une explication à mon silence. JONATAN a émit mon dernier texte qui date de la baie MARGUERITE. Depuis que de choses!
Le passage du GOULET ne nous a pas souris et nous avons dû reprendre la route en contournant l'île ADELAIDE par l'ouest comme à l'allée. Un coup de vent nous a privé de l'escale a l'île AVIAN. La remontée s'est effectuée vent de face et donc au moteur ( je n'ai plus vingt ans ). Nous sommes tombes sous le charme de MUTON COVE et OLIVIER est allé plus loin car il est carrément tombé à l'eau! Appareil photo et camera en bandoulière. Le film s'arrêtera donc là. La cassette DV a pu être sauvée. Le baro au plus haut nous a laissé la soirée pour faire un assado sur les roches a flanc de falaise pendant que l'eau douce collectée des glaciers remplissait par gravité les réservoirs du bord.
Visite de la base de PROSPECT POINT très ancienne et abandonnée par les Anglais. C'est devenue la spécialité de PERIPLE de dénicher les dépotoirs des scientifiques et des donneurs de leçon d'écologie. Encore un grand débat. Bien sûr nous avons fait l'impasse en baie Marguerite de la base ROTHERA qui aux jumelles parait tellement nickelle avec son aérodrome que c'est une vraie verrue dans ce paysage. Autre base anciennement de même nationalité mais cédée pour 1 franc symbolique aux UKRAINIENS a trouvé une issue plus esthétique. Elle s'appelle maintenant VERNADSKY. Nous y avons trouve un excellent abri et beaucoup de chaleur humaine ce 27 février dernier. Le baro qui hésitait nous a convaincu de profiter de l'hospitalité de ses occupants. Et ce matin par un temps clément nous avons progressé en latitude non sans saluer d'un rapide passage PORT CIRCONCISION, fameux site historique du "POURQUOI PAS" du comandant CHARCOT.
Ce soir nous sommes donc à bon port. Et la suite du programme ? Avec Marie nous avons appris à nous connaître dans les difficultés de ces navigations. Nous avons besoin de nous retrouver maintenant tous les deux. GLORY a besoin de soins et d'attention de notre part et nous avons tous besoin de repos. L'endroit est idéal pour HIVERNER. cela mérite une dernière vrai réflexion, nous avons encore le temps et ce ne sera que lorsque toutes les conditions seront réunies que la décision pourra être définitivement prise . L'envie ne nous manque pas pour autant, mais L'ANTARCTIQUE aime se faire désirer. Ce qui est certain c'est que mes 3 dernières visites m'ont laissé le regret de ne pas rester davantage; aujourd'hui je sent que c'est possible. Ce ne sera probablement pas en mer de ROSS car il reste trop de choses a voir ici une fois que les paquebots seront partis .

Date : 18 février 2003
Position : 67.825 S / 67.266 O

Le vent est tombé! nous préparons la sorti pour la base abandonnée de STOMINGTON. Bonne ambiance assado, visite des ruines et constat de quantité de déchets restés sur place avec comme mention: 'site historique classé dans le cadre du traité Antarctique'. Les Etats Unis ont vraiment trouvé une solution économique au problème du nettoyage des vielles bases et nos amis de SAN MARTIN sont scandalisés. Ici il faut profiter du beau temps pour faire de la route. Le soleil se couche à 23 h et après des adieux chaleureux et sincères nous partons pour HORSESHOE distant de 15 miles. Le baro a déjà amorcé une légère descente et nous passons à la lampe frontale une haussière à terre. Une bonne soupe , poêle en marche et au lit. Sauf moi car je tenais a vous donner des nouvelles maintenant que le technicien Argentin m'a remis cette machine infernale en fonctionnement. Nous sommes donc mardi 18 et je vais enfin pouvoir dormir si le vent nous laisse un peu tranquille.

Date : 15 février 2003
Position : 68,132 S / 67.103 O

Le baromètre chute vertigineusement et il est temps de trouver un abri fiable pour 'GLORY'. le météorologue nous confirme un renforcement du vent de nord-est. Un sel endroit derrière la presqu'île me parait idéal côté glace et vent mais aucune garantie au sujet des fonds. Olivier sonde avec l'annexe et découvre un rayon d'évitage acceptable. Les quilles écrasent quelques oursins et trouvent un refuge idéal. Une première haussière vient sécuriser le bateau puis 2 et enfin le vent se stabilise. Il n'y a rien d'autre a faire qu'attendre que ce coup de vent passe. Il est déjà l'heure de retrouver nos amis de la base qui nous ont invité à la traditionnelle soirée pizza arrosée de bière et suivi du tournoi de billard. Olivier reste à bord pour la nuit et me pose a terre. Les quarante noeuds de vent établis rendent les navettes en annexe périlleuses, mais ma chambre est prête à la base. Maria s'est totalement intégré et le fait de pouvoir dialoguer dans sa langue maternelle favorise ses relations. Seule femme dans un environnement aussi hostile, elle est vite devenu le personnage vedette. A bord tout va bien, je suis en relation avec Olivier par VHF et la soirée se termine très tard. La radio sur la table de nuit je trouve le sommeil et c'est elle qui me réveillera pour me dire que nous sommes dimanche qu'il est onze heures, que Olivier a faim et donc que tout va bien. Mais l'après midi le baro attaque sa remontée avec un vent qui se renforce a 60 noeud sur l'anémomètre de la base. Et nous voila repartis dans les bourrasques et les embruns a 2 degrés pour contrôler l'amarrage. Doublage d'haussières puis une troisième ligne transforme la petite baie en toile d'araignée. Ma place est maintenant a terre car toute intervention a bord devient difficile et devra être coordonnée. Le vent est passé sud-est en se renforçant encore et c'est maintenant 80 noeuds qui soufflent dans le canal mais heureusement la petite baie est exceptionnellement bien abritée.

Date : 13 février 2003 Position : 69.629 S / 69.055 O

Navigation le plus sud possible. Conditions très dures soit 30 noeuds de vent de sud la nuit du 12 au 13. pont gelé, givrage des apparaux sensation thermique de -25 degré et intérieur bord 0 degré. Beaucoup de glace de banquise qui brisée par le coup de vent précèdent de nord est jeté évacué par ce fameux vent de sud très favorable en réalité pour nous. Il est encore trop tôt en saison pour s'approcher du front du glacier GEORGES VI et nous avons été arrêtés par la banquise. Le vent est tombé vers midi et c'est par une splendide journée ensoleillée que nous avons débarqué sur la glace où nous attendait un manchot empereur, le premier que j'ai pu observer de près. A cette latitude la faune est très pauvre et à part un groupe d'empereurs nous n'avons pu observer ni oiseaux ni phoques ni baleines. Une sensation de désolation mélangée de vulnérabilité m'a envahie. La remontée plein nord a été éblouissante de lumière et après quelques heures de moteur puis de voile une fois la glace dégagée nous avons retrouvé les phoques crabiers se chauffant au soleil sur les flots. Au petit matin du vendredi 14 la reconnaissance des îles FLYSPOT par temps couvert ne nous a rien apporté en connaissance sur la zone. Notre arrivée a la base SAN MARTIN s'est effectuée au radar dans la brume est c'est en mouillant a 300 mètres des installations que nous avons pu deviner les maisons oranges a toit noir. Salutations, échanges de cadeaux, étaient de rigueur.

Depuis le 7 des problèmes de connexions empêchent Périple d'émettre de nouveaux emails.

Date : 7 février 2003 Position : 60.138 Sud / 68.417 Ouest

il reste maintenant 500 Miles pour arriver en Baie Marguerite soit 3,5 jours si les prévisions météo s'avèrent exactes. Je les reçoit maintenant directement de mon provider américain Marinenet par Iridium. Glory est très chargé pour un hivernage confortable et la vitesse sous voile s'en ressent. Nous devons également tenir compte de ses 6 Tonnes de surcharge dans la façon de mener notre monture car les efforts sur le gréement et les appendices ont doublés. Le pilote "JOJO' continue de faire merveille, et j'en déduis que la stabilité de route n'est pas affectée. Le vent d'ouest 10 noeuds depuis le CAP HORN et la houle de même direction nous permet de prendre le rythme du bord après cette course infernale a l'armement. Charger un voilier de 15 mètres pour une autonomie totale dans des conditions de froid extrêmes n'est pas un exercice facile surtout si l'on souhaite un maximum de confort comme nous l'avons décidé MARIE et moi. Les 4 sortes de vin occupent a elles seules 1 demi mètre cube d'espace non congelable et totalisent donc 1 demi tonne. Les bonnes bouteilles sont emballées dans des caisses en bois, d'autres sont calées dans les fonds avec des feuilles de néoprène, et la consommations courante jusqu'en mars est conditionné en dame Jeanne dans la soute avant. Les fruits et légumes méritent une attention toute particulière si l'on souhaite les conserver longtemps. TOUT est important! Maintenant les dès sont jetés pour le PERIPLE de mes songes. Il ne reste plus qu'a gérer le quotidien et faire le marché soit dans les cabines arrières transformées en cambuses soit dans la salle de bain bâbord transformée en chambre froide. Le DRAKE a décidé d'être clément avec nous alors nous bricolons les derniers petits détails avec OLIVIER. Aujourd'hui, collage du thermomètre extérieur sous la caquette du cockpit.Il fait 9 degré à l'abri. La température de l'eau de mer est de 6,5 degré, elle baisse régulièrement depuis notre départ de PUERTO WILIAM. MARIE fait connaissance avec les instruments de cuisine (aujourd'hui côtes de mouton au four et crème brûlée) et je dort, je recharge mes accus si sollicités ces 5 dernières années et qui ont été nécessaires pour aboutir enfin là ou nous sommes actuellement:
EN ROUTE POUR L'ANTARCTIQUE.

Date : 4 février 2003 Position : 54.928 Sud / 67.613 Ouest

Départ Puerto William ce jour 04 févr 03 a 16h TU. Tout va pour le mieux a bord. Prévisions météo excellentes pour les 5 prochains jours. Route directe a Baie Marguerite. Durée estimée: 1 semaine. Enorme travail de préparation pour remplir Glory d'une année de provisions et matériel ! Plus un an de survie !

Copyright 2003 Eurienta